Cours de médecine

 

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CLONAGE HUMAIN

Si la naissance d’une brebis clonée, nommée Dolly, révélée au public en février 1997, a provoqué tant de remous, c’est que cette réalisation concrète répondait non seulement à un projet scientifique et économique, mais aussi à un fantasme ancestral largement partagé: se voir revivre et croire ne jamais mourir. Le  phénomène Dolly  a marqué une avancée scientifique et suscité aussi de nombreuses inquiétudes. Il n’est pas certain que le clonage humain propose des solutions d’intérêt médical, mais il est évident que son pouvoir d’immortaliser est largement surfait. De plus, même si tous les problèmes techniques étaient résolus, la reproduction des individus actuels en nouveaux individus semblables impliquerait soit la sélection ( autoritaire ?) des «bénéficiaires», soit l’arrêt de la procréation d’humains véritablement nouveaux. C’est peu de dire que le clonage humain poserait un problème d’éthique.
Le fantasme du clone humain
Le thème du clonage est ancien dans la littérature et constitue un fantasme constant dans les mythes de toutes les cultures où le clonage est apparenté à l’immortalité. En fait, les descendants clonés d’un individu n’ont pas tous nécessairement la même identité génétique (influence du cytoplasme de l’ovule receveur), et surtout ils ne sauraient partager exactement la même histoire, quand bien même on s’efforcerait de les placer dans un environnement commun.
Pourtant, selon la presse, les créateurs de Dolly auraient reçu de nombreuses demandes de personnes s’estimant assez exceptionnelles pour être clonées. Ces demandes affluent au moment où l’opinion publique est largement hostile à l’idée même de clonage humain – dont rien par ailleurs ne garantit la faisabilité – et alors qu’il a fallu plus de 270 essais pour obtenir la naissance d’une seule brebis. Aussi faut-il être lucide et prévoir une multiplication des demandes si le clonage humain se réalise et si les esprits s’accoutument à cette innovation, toutes choses qui pourraient bien arriver.
Les promesses médicales
Fantasmes de dédoublement ou de réincarnation mis à part, la technique du clonage peut être revendiquée à titre médical. Plusieurs médecins ont admis qu’elle permettrait de disposer de greffons compatibles avec le receveur, les exemples couramment cités étant la greffe de peau pour les grands brûlés ou la greffe de moelle osseuse pour les cancéreux subissant un traitement chimiothérapique. Mais il n’est pas dit comment ces greffons seraient obtenus. Si une méthode comme celle qui a généré Dolly devait être utilisée, elle impliquerait qu’on dispose d’ovules humains et d’un « utérus porteur » assurant la gestation jusqu’au stade où les ébauches tissulaires recherchées sont différenciées, soit pour le moins plusieurs semaines. On voit donc que les implications éthiques concernent non seulement le clonage (en tant que création d’un objet humain), mais aussi des techniques dérivées de la procréation médicalement assistée comme de l’interruption volontaire de grossesse... La production de tissus différenciés, à partir de cellules embryonnaires développées in vitro, serait évidemment moins opposée au respect de la dignité humaine, mais on voit mal actuellement la faisabilité d’un tel projet.
De façon plus générale, le clonage est supposé capable de produire des organes comme pièces détachées de remplacement quand l’âge ou la maladie ont mis hors d’usage certaines parties du corps humain. Cette perspective est ancienne; elle est devenue une éventualité médicale en 1978, peu après la naissance du premier bébé conçu par F.I.V. (fécondation in vitro) . En effet, l’auteur de cette réussite, le Britannique Robert Edwards, proposa de recourir à la gémellité provoquée sur les embryons conçus par F.I.V. Malgré l’incapacité actuelle à transformer in vitro un hémi-embryon, comptant quelques cellules, en un organisme aux tissus différenciés susceptible de fournir des greffons, on peut admettre que la chose serait possible dans quelques décennies, au moment où l’hémi-embryon jumeau, devenu une personne, serait susceptible de bénéficier de telles greffes. Si aucun des centaines de milliers de couples inféconds, ayant eu recours à la Fivette (fécondation in vitro et transfert embryonnaire) depuis vingt ans, n’a exprimé une telle demande, c’est que la préoccupation de ces couples est d’avoir un enfant, non de préparer les conditions de son vieillissement. En effet, le bénéficiaire potentiel d’une telle manipulation, embryon lui-même, est dans l’incapacité d’opérer un choix quelconque avant longtemps.
Le contrôle: jusqu’à quand?
Ce qui vient de changer avec le cas Dolly, c’est la perspective que la demande de clonage à des fins médicales puisse être formulée par une personne adulte, susceptible de recevoir une information, de donner un consentement, de s’acquitter des frais engagés. Il reste cependant qu’en l’état actuel des techniques d’embryologie, où l’ectogenèse (développement embryonnaire et fœtal hors du corps féminin, dans une matrice artificielle) n’est pas réalisable, la gestation devrait être assurée par une femme volontaire, ce qui ne va pas sans poser des problèmes éthiques. En France, cette gestation est prohibée, depuis 1994, par la loi sur l’assistance médicale à la procréation (A.M.P.). Puisque la fiction montre une forte tendance à devenir réalité, on peut toutefois imaginer que le clonage passerait les barrières d’espèce; on pourrait alors associer un noyau somatique humain à l’ovule d’une femelle animale. On ferait ainsi l’économie de l’ovule humain, mais il resterait à obtenir le développement de tels clones chimériques dans l’utérus des femelles de la même espèce animale...
Certains ont aussi avancé l’hypothèse du recours au clonage comme substitut à l’A.M.P., en cas de stérilité. De telles hypothèses doivent éviter la confusion entre procréation et reproduction. Quand deux individus, l’un mâle et l’autre femelle, procréent ensemble des enfants ou des agneaux, ceux-ci sont différents de chacun des parents, et ils sont également différents entre eux (sauf dans le cas des vrais jumeaux). En revanche, la reproduction, qui, à l’état naturel, ne concerne pas plus le mouton que l’homme, permet aux végétaux et à quelques animaux primitifs de se bouturer à l’identique. Même si la reproduction, par copie d’un organisme humain, devait aller jusqu’à constituer une nouvelle personne, elle ne saurait être confondue avec la procréation sexuée, ni dans sa finalité ou ses conséquences biologiques, ni dans sa signification psychosociale, ni dans ses implications philosophiques et éthiques.
Pourtant, c’est peut-être dans ce dernier registre que pourrait intervenir d’abord une pression en vue du clonage, car il est des situations qui sont capables de susciter une «justification médicale», surtout si la manipulation ne concerne que les deux personnes constituant un couple. Ainsi, quand un homme ne produit pas les cellules précurseurs des spermatozoïdes (spermatides), un noyau somatique de cet homme stérile pourrait être injecté dans un ovocyte énucléé de sa compagne. Autre situation: quand une femme est atteinte d’une maladie mitochondriale (défaut de l’ADN contenu dans les mitochondries, organites du cytoplasme, et qui ne peut être transmis que par la mère), le noyau d’un embryon procréé par ce couple pourrait être placé dans l’ovule d’une femme donneuse, laquelle donnerait en même temps ses mitochondries (contenues dans le cytoplasme de l’ovule). On remarque que chacun de ces clones pourrait se développer dans l’utérus de la femme constituant le couple et que, dans la première situation, l’enfant serait la copie conforme du père, tandis que, dans la seconde, il serait le produit du couple, mais aussi du cytoplasme de l’ovule étranger. La multiplicité des combinaisons (il existe d’autres possibilités!) permet d’imaginer l’exercice de pressions par les demandeurs là où l’édifice éthique est le plus fragile, en tel lieu et à tel moment, si bien que la seule façon d’échapper à une casuistique redoutable devrait résider dans le refus net et global de reproduire un être humain, embryon ou personne achevée.

Enfin, l’intérêt supposé du clonage humain comme outil de la recherche médicale n’est pas convaincant: quand il s’agit de processus fondamentaux comme les relations noyau-cytoplasme ou la plasticité fonctionnelle des éléments cellulaires, ou encore les propriétés particulières du cytoplasme ovulaire, les faits découverts chez l’animal sont rarement contredits dans l’espèce humaine. Il est donc loisible d’étudier ces phénomènes sans impliquer le sujet humain.

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