Les Définitions:
- Les
bronchopneumopathies chroniques obstructives présentent
comme caractère commun un trouble ventilatoire obstructif
chronique ou récidivant et comprennent la bronchite chronique
simple, la bronchite chronique obstructive, l'emphysème,
l'asthme et les dilatations des bronches. Dans le langage
courant, le terme BPCO fait référence à la bronchite
chronique obstructive avec ou sans emphysème.
- La
bronchite chronique simple est définie cliniquement par
l'existence d'une toux et d'une expectoration pendant au moins 3
mois par an et pendant au moins 2 années consécutives. Cette
bronchite chronique simple peut devenir obstructive chez
certains patients.
- L'emphysème
est défini anatomiquement par la destruction des parois alvéolaires
conduisant à une augmentation de volume des espaces aériens
distaux situés au-delà de la bronchiole terminale. On
distingue: - les emphysèmes diffus: emphysème centrolobulaire
et emphysème panlobulaire. Dans l'emphysème centrolobulaire,
la destruction touche les bronchioles respiratoires et prédomine
au sommet. Le réseau vasculaire est épargné. Dans l'emphysème
panlobulaire, la destruction touche les canaux et les sacs alvéolaires
et prédomine aux bases. Le réseau capillaire péri-alvéolaire
est concerné par cette destruction. - les emphysèmes localisés:
emphysème para-cicatriciel, emphysème para-septal.
Pathologies
associées: cancer broncho-pulmonaire, coronaropathie, ulcère
gastro-duodénal ,sinusite chronique , malnutrition ,
carcinome laryngé .
Étiologie:
- Tabagisme
- Aérocontaminants
professionnels
- Pollution atmosphérique
- Infections
virales
- Déficit en
antiprotéases (alpha1-antitrypsine): emphysème panlobulaire ,
une rare forme d'emphysème est due à un déficit en
alpha1-antitrypsine dont la transmission se fait selon un mode
autosomique codominant.
- Facteurs héréditaires:
Bronchite chronique: certaines études ont suggéré une prédisposition
génétique.
Facteurs de
risque:
- Tabagisme passif
(notamment les adultes dont les parents fumaient) La meilleure
prévention consiste à ne pas fumer. Le tabagisme passif a été
incriminé récemment comme potentiellement délétère.
- Pneumopathie
virale sévère dans l'enfance .
- prédominance
masculine .
- Âge : plus
de 40 ans ,sujet âgé: le risque relatif est 1,2 à 2,3 plus élevé
que chez l'adulte jeune. L'incidence augmente vers 60 ans.
- Enfant: des
infections respiratoires répétées dans l'enfance pourraient
favoriser la survenue de BPCO.
- inhabituel chez
le moins de 25 ans, sauf en cas de déficit en antiprotéase.
Signes cliniques:
- Bronchite
chronique simple - Toux et expectoration chroniques chez
un fumeur - Pas de dyspnée - Examen clinique normal
- Bronchite
chronique obstructive - Toux et expectoration chronique
chez un fumeur - Dyspnée d'abord d'effort, puis de repos -
Distension thoracique - Signe de Hoover (rétrécissement de la
base du thorax à l'inspiration) - Râles bronchiques -
Sibilants parfois - Diminution du murmure vésiculaire parfois -
Cyanose et signes cardiaques droits absents en général en
dehors d'une décompensation - Pas d'hippocratisme digital
- Emphysème
centrolobulaire ( blue-bloater ) - Long passé de toux
et d'expectoration chronique chez un fumeur - Dyspnée d'effort
progressivement croissante - Patient souvent pléthorique -
Distension thoracique modérée - Cyanose - Râles bronchiques -
Signes de cœur pulmonaire chronique possibles (insuffisance
ventriculaire droite)
- Emphysème
panlobulaire ( pink-puffer ) - Dyspnée isolée - Sujet
maigre - Distension thoracique majeure - Pas de cyanose -
Expiration lèvres pincées - Diminution du murmure vésiculaire
- Tympanisme - Pas de signe d'insuffisance ventriculaire droite
Diagnostic différentiel:
- Bronchite
aiguë
- Asthme
- Dilatation
des bronches
|
- Carcinome
bronchique
- Infection
virale aiguë
- Apnée du
sommeil...
|
Examens complémentaires
: Démarche diagnostique se fait par un nterrogatoire, examen
clinique et explorations fonctionnelles respiratoires qui permettent
le diagnostic et évaluent la gravité du trouble obstructif. Le
bilan doit être complété par un test de réversibilité aux
ß-mimétiques, aux atropiniques et aux corticoïdes, une gazométrie
artérielle, une échocardiographie, un bilan infectieux ORL et
stomatologique.
- Bronchite
chronique obstructive et emphysème centrolobulaire
- Hypoxémie
modérée à sévère (effet shunt)
- Hypocapnie
initiale puis hypercapnie
- Acidose
respiratoire à un stade évolué
- Polyglobulie
- Anatomie
pathologique: augmentation de volume des glandes
muqueuses (hyperplasie) augmentation du nombre de
cellules sécrétoires de l'épithélium de surface
epaississement des petites voies aériennes due à l'œdème
et à l'inflammation hyperplasie du muscle lisse
bronchique bouchons muqueux colonisation bactérienne
des voies aériennes
|
- Emphysème
panlobulaire
- Hypoxémie
modérée ou apparaissant à l'exercice (pas d'effet
shunt)
- Pas
d'hypercapnie sauf si VEMS < 1 l
- Pas de
polyglobulie
- Anatomie
pathologique: Atteinte diffuse du parenchyme
pulmonaire elargissement des alvéoles avec
destruction des septums tout l'acinus est atteint ,
pas d'hypersécrétion bronchique en cas d'emphysème
panlobulaire . Emphysème centrolobulaire: l'atteinte
prédomine au centre du lobule
|
Explorations
fonctionnelles respiratoires
- Diminution du
VEMS (volume expiratoire maximal par seconde) avec diminution du
rapport de Tiffeneau ou VEMS/CV
- La capacité
vitale peut être normale ou diminuée
- La capacité
pulmonaire totale est normale ou aungmentée
- Augmentation du
volume résiduel
- Capacité de
diffusion du CO normale ou diminuée
Telethorax :
imagerie:
- Dans la
bronchite chronique, la radiographie de thorax peut
être normale, montrer un syndrome bronchique ou des signes de
distension thoracique.
- Dans
l'emphysème, la radiographie de thorax montre des
signes de distension thoracique (aplatissement des coupoles
diaphragmatiques, augmentation de l'espace clair rétrosternal),
une raréfaction vasculaire (hyperclarté) et parfois des
bulles. Dans l'emphysème centrolobulaire, les artères
pulmonaires peuvent être dilatées, le coeur est élargi, en
sabot. Dans l'emphysème panlobulaire, le cœur est petit,
vertical, en goutte, et les artères pulmonaires ne sont dilatées
qu'au stade terminal. La fibroscopie bronchique n'est pas systématique.
Traitement :
Hospitalisation en cas de décompensation ou pour certains examens ,
En cas d'insuffisance respiratoire aiguë, une hospitalisation en
unité de soins intensifs avec ventilation artificielle peut être nécessaire.
- Arrêt du tabac
(arrêt du tabagisme est une mesure capitale) , une activité
physique régulière est conseillée selon la tolérance.régime
équilibré riche en protéines ,en cas d'hypercapnie, un régime
pauvre en hydrates de carbones est conseillé.
- Traitement
bronchodilatateur s'il existe une composante réversible au
syndrome obstructif
- Kinésithérapie
respiratoire
- Éradication
des foyers infectieux et traitement des surinfections
bronchiques
- Vaccination
antigrippale et antipneumococcique
- Oxygénothérapie
de longue durée si hypoxémie chronique
- Théophylline:
400 mg/j. Commencer éventuellement à 100 ou 200 mg et
augmenter progressivement en 1 à 2 semaines. Théophylline:
peut être donnée par voie veineuse ou rectale
- Sympathomimétiques
en spray (salbutamol, terbutaline): 2 bouffées toutes les
4 à 6 h. Prescrire éventuellement une chambre
d'inhalation. les sympathomimétiques peuvent être donnés
en aérosol (salbutamol, terbutaline) dilués dans du sérum
salé, per os (salbutamol) ou par voie sous-cutanée (terbutaline)
- Anticholinergiques
en spray (ipratropium bromure, oxytropium bromure): 2
bouffées 4 fois par jour. Pas plus de 12 bouffées par
jour
- Corticoïdes:
7,5-15 mg/j de prednisone per os; utile s'il existe une
composante réversible .les corticoïdes peuvent être
donnés par voie veineuse (méthylprednisolone) ou en
spray (béclométasone).
|
| Contre-indications:
Intolérance à la théophylline , sympathomimétiques:
arythmie cardiaque ,anticholinergiques, corticoïdes: se
référer aux recommandations du laboratoire
Précautions
d'emploi:
- Théophylline:
diminuer les doses chez les patients ayant une
insuffisance hépatique ou rénale et au-dessus de 55 ans.
Le taux thérapeutique de théophylline dans le sang est
de 10 à 20 µg/l. L'adjonction de cimétidine, de
ciprofloxacine ou d'érythromycine diminue la clairance de
la théophylline et entraîne une augmentation de ses taux
sanguins. La rifampicine augmente le métabolisme de la théophylline
et entraîne une diminution de ses taux sanguins. Une
surveillance étroite des taux sanguins est recommandée.
- Sympathomimétiques:
une utilisation excessive peut être néfaste. Une
diminution des doses est conseillée en cas de pathologie
cardiaque, d'hypertension artérielle, d'hyperthyroïdie,
de diabète ou d'épilepsie.
- Anticholinergiques:
surveillance en cas de glaucome à angle fermé et
d'hypertrophie prostatique
- Corticoïdes:
peuvent masquer les infections ou les favoriser, notamment
les infections fongiques. Peuvent entraîner une
cataracte, un glaucome, une insuffisance surrénalienne,
des troubles psychiatriques, un saignement digestif, un
diabète; ils peuvent également réactiver une
tuberculose.
|
Interactions médicamenteuses:
- Théophylline:
lithium, propranolol, érythromycine, cimétidine, ranitidine,
rifampicine, ciprofloxacine
- Sympathomimétiques:
autres sympathomimétiques, inhibiteurs de la monoamine oxydase,
antidépresseurs tricycliques
- Anticholinergiques:
se référer aux recommandations du laboratoire
- Corticoïdes:
anti-inflammatoires non stéroïdiens (indométacine), aspirine,
hormone thyroïdienne synthétique
Surveillance:
- Consultation régulière,
semestrielle
- Consultation
mensuelle si insuffisance respiratoire
- Taux sanguins de
théophylline à contrôler tous les 6-12 mois
- En cas d'oxygénothérapie,
les gaz du sang artériels doivent être contrôlés au moins
tous les ans. La saturation en oxygène doit être contrôlée
plus souvent.
- Éviter les
séjours en haute altitude. Les voyages avec l'oxygène sont
possibles mais doivent être organisés préalablement.
Complications:
- Surinfection
bronchique ou pneumopathie, source de décompensation
respiratoire
- Insuffisance
respiratoire chronique avec cœur pulmonaire chronique CPC
. L'insuffisance respiratoire chronique grave est classée dans
les maladies longues et coûteuses (affections de longue durée).
- Insuffisance
respiratoire aiguë
- Pneumothorax
Évolution
:
- Les facteurs
pronostiques les plus importants sont l'âge du patient et le
VEMS. Le pronostic est plus favorable chez le patient jeune et
quand le VEMS est > 50%. La survie est compromise lorsque le
VEMS est < 1 l.
- Après apparition
de la dyspnée, la mortalité des BPCO à 5 ans se situe environ
à 30%.
- L'oxygénothérapie
de longue durée, lorsqu'elle est indiquée (PO2 < 55 mmHg à
deux reprises à distance de toute décompensation), augmente la
survie.
BPCO:
bronchopneumopathie chronique obstructive CPT: capacité pulmonaire
totale CV: capacité vitale DLCO: capacité de diffusion du CO
VEMS: volume expiratoire maximal par seconde VR: volume résiduel. |